Brest et la seconde guerre mondiale

De l’humiliante occupation débutée le 19 juin 1940 au siège éprouvant de 42 jours (7 août-18 septembre 1944), Brest a vécu les quatre années les plus effroyables de son existence. le désastre qu’a subi la ville s’explique en partie par sa position stratégique. Située au bout de la presqu’île bretonne, face à l’Atlantique, Brest est en plein cœur de la bataille qui oppose les Anglo-saxons aux Allemands. Bombardements, alertes et restrictions deviennent alors le quotidien de la population. Le chaos s’est abattu sur la cité du Ponant, plongeant ses habitants dans une profonde détresse. La ville porte d’ailleurs toujours les traces de ce traumatisme qui a marqué à jamais les esprits brestois.

Port d’embarquement du corps expéditionnaire de Narvik, Brest joue dès les débuts du conflit un rôle essentiel. Toutefois la débâcle française modifie considérablement la tournure des événements. L’espoir d’un repli breton est vite brisé par l’avancée foudroyante de la Wehrmacht. Les Allemands comprennent effectivement l’intérêt de s’emparer rapidement du port breton. Les évacuations s’effectuent alors en toute hâte. Le 15 juin, un jeune général embarque à bord du Milan pour rejoindre Londres. Il s’agit d’un certain……Charles De Gaulle. Le 17 juin, les Anglais s’échappent précipitamment, laissant derrière eux un stock impressionnant de thé ! Le 18 juin, tous les navires en état prennent le large. Parmi eux, cinq contiennent l’or de la Banque de France et font route vers l’Afrique du Nord. Les 1ères unités allemandes investissent la ville au soir du 19 juin. Les installations susceptibles de servir l’ennemi ont été préalablement détruites. Brest est prisonnière. Une lente descente aux enfers commence.

Brest à l’heure allemande

 

A. Les Bombardements

 

La dureté des quatre années d’occupation tient avant tout à l’importance stratégique de Brest. En effet, la bataille de l’Atlantique oppose les Allemands aux Anglais, puis aux Américains. La Kriegsmarine trouve donc avec la ville une base navale d’importance capitale, rapidement remise en état pour accueillir des bâtiments de surface. Dès lors, en mars 1941, deux croiseurs de bataille, le Scharnshort et le Gneisenau arrivent à Brest. Le Prinz Eugen les rejoint par la suite. Les Britanniques entament une série de bombardements aériens. Un certain nombre de Brestois prennent alors le chemin de l’exode. Cette première vague de bombardements se termine le 11 février 1942 lorsque les croiseurs allemands quittent Brest. Les bombardements ont déjà provoqué la mort de 300 personnes et causé d’importants dégâts sans pour autant infliger de dommages significatifs aux objectifs militaires.

L’accalmie qui suit est de courte durée. Les bombardements reprennent dès novembre 1942. Confiés désormais à l’aviation américaine, la cible est cette fois-ci la base sous-marine mise en chantier en 1941. Elle abrite les flottilles de U-Boote protégées par une impressionnante épaisseur de béton. Toutefois, les raids qui se succèdent sont aussi inefficaces que les précédents. Le commandement se résigne alors à des bombardements visant des objectifs tels que les dépôts de carburant ou les voies de chemin de fer. Cette tactique augmente cependant la dispersion des bombes sur l’agglomération de Brest. Les autorités de la ville s’activent d’achever la construction de trois grands abris souterrains. En février 1943, on décide la fermeture des écoles et on procède à l’évacuation d’une partie de la population: 10 000 personnes quittent alors la ville.
Les bombardements diminuent pourtant en fréquence et en intensité à partir de mai 1943. Ils cessent même entre février et juillet 1944, les Alliés ayant désormais d’autres priorités. Au total, 165 bombardements et près de 600 alertes aériennes se sont produites de juillet 1940 au 7 août 1944. Le bilan fait état de 400 morts et 550 blessés, tandis que 2000 immeubles sont détruits ou endommagés. Il faut ajouter à cela l’angoisse perpétuelle des Brestois au quotidien, confrontés non seulement aux bombardements, mais également à la rigueur des conditions de vie.

B. Un quotidien difficile

 

Les Allemands sont nombreux à Brest. Aux troupes d’occupation s’ajoutent les unités de la Kriegsmarine et les équipages en repos. Les travaux de la base sous-marine puis du mur de l’Atlantique entraine l’arrivée de travailleurs de l’organisation Todt. la concentration de tout ce contingent accroit les problèmes de ravitaillement, d’autant plus que les services de l’Etat français sont impuissants à enrayer un marché noir entretenu par l’occupant. Comme ailleurs, la population manque de tout. Le rationnement (pain, viande, matières grasses, vin, alcool, tabac…) est rude et contraint la population à recourir aux ersatz .
La circulation est compliquée, non seulement parce que le carburant manque, mais aussi, la délimitation d’une zone côtière interdite nécessite des laissez-passer et provoque de multiples contrôles. Certes la vie continue mais les contraintes sont pesantes. Les mesures de défense passive obligent les Brestois à limiter l’éclairage dès la tombée de la nuit. A plusieurs reprises, le couvre-feu est décrété.
Avec l’apparition du service du travail obligatoire (S.T.O) dès 1942,la jeunesse fait l’objet de rafles qui se multiplient, de préférence à la sortie des salles de spectacle, de cinéma ou des terrains de sport.
Rien n’incite donc les Brestois à emprunter les voies de la collaboration. Le Mouvement Social Révolutionnaire, la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme ou le Parti Populaire Français ne recrutent en ville qu’une poignée d’extrémistes. Les nationalistes bretons ne sont guère plus suivis d’autant que l’évêque de Quimper a mis sévèrement en garde les fidèles contre leur propagande. Ainsi, le mécontentement est grand au sein de la population brestoise, ce qui favorise l’émergence de mouvements de résistance.

Brest – la Rebelle

 

A. La Résistance

 

La présence allemande à Brest suscite immédiatement des résistances spontanées: inscriptions vengeresses ou provocatrices sur les murs, lacération d’affiches de propagande, dépôts de bouquets ornés du ruban tricolore auprès du monument aux morts, fleurissement des tombes des aviateurs anglais. De plus, les Brestois applaudissent lors du survol d’avions alliés, et une intense propagande anti-allemande apparait. Les autorités allemandes entreprennent de faire cesser ces agissements mais en vain.

La violence des bombardements ne change rien. Le sous-préfet rapporte en 1943: « des aviateurs américains faits prisonniers après une descente forcée en parachute ont été applaudis lorsqu’ils traversèrent sous escorte les quartiers sinistrés par ceux-là même qu’ils venaient de frapper ».
Certains réseaux s’organisent pour tenter des coups de main, attentats ou évasions tel que le groupe Elie. Démantelé en mai-juin 1941, cette organisation donne à Brest « ses onze martyrs » fusillés le 10 décembre au Mont Valérien.

Malgré les risques, des mouvements continuent de naitre. Certains se spécialisent dans le renseignement comme la confrérie Notre-Dame Castille ou le réseau Johnny. D’autres se consacrent à l’évasion d’aviateurs alliés tels que les membres du groupe Jade-Fitzray.
L’action directe se développe sous l’impulsion communiste. Les résistants s’attaquent non seulement aux soldats allemands mais également aux policiers français les plus compromis. La sympathie pour ces formes de résistance augmente en même temps que l’hostilité envers le gouvernement Laval progresse. La mise en place du S.T.O gonfle les rangs de la Résistance. Des mouvements de lutte armée apparaissent comme Défense de la France ou Libération-Nord.
Le débarquement du 6 juin 1944 entraine une véritable mobilisation des organisations résistantes. Avec le soutien des F.F.I et des F.T.P, les Alliés progressent sur le territoire français. Au fur et à mesure de leur percée, Brest se présente comme un objectif déterminant pour la bonne conduite des opérations
Dans le cadre de l’opération Cobra, Brest se révèle un point important dans la stratégie alliée. En effet, ils espèrent contrôler rapidement le port pour s’assurer du bon ravitaillement de leurs troupes.

Le 7 août, après une première évacuation de civils, les Américains encerclent la ville et la prend d’assaut. Les combats vont s’avérer extrêmement difficiles. La garnison allemande est bien retranchée et se voit renforcée par les redoutables Fallschirmjäger, des parachutistes d’élite commandés par le Général Ramcke. Le 12 août, Ramcke prend le commandement de la place de Brest, forte d’ environ 40 000 hommes. Nazi fanatique, lui et ses troupes sont déterminés à défendre la forteresse brestoise jusqu’au bout. Sur demande des autorités civils, une seconde évacuation a lieu. Il ne reste alors que 2500 Brestois dans la ville.
Conformément à leur tactique militaire, les Américains utilisent abondamment la puissance de feu de leur artillerie et de leur flotte aérienne. La ville est constamment pilonnée par les canons de l’artillerie ainsi que ceux du cuirassé britannique HMS Warspite. Les bombardiers effectuent plus de 300 missions larguant quelque 300 000 tonnes de bombes dont un certain nombre au phosphore et au napalm.

Des attaques sont par ailleurs concentrés sur les points fortifiés de la défense allemande qui donne lieu à des affrontements d’une extrême violence. A Montbarey, il faut recourir à l’utilisation de chars lance-flammes pour conquérir le fort. L’engagement est intense. L’infanterie américaine se heurte à une résistance tenace des parachutistes allemands. Dans la ville-même, les soldats avancent qu’au prix de durs combats de rue. Quant aux civils, ils se terrent dans les abris. D’ailleurs, un drame se produit dans l’un d’entre-eux. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, une explosion dont l’origine reste indéterminée, cause la mort de 373 personnes dans l’abri Sadi-Carnot.

Le 18 septembre, alors que Ramcke s’est embarqué pour la presqu’île de Crozon où il se rendra le lendemain, le colonel Pietzowka capitule. Amère victoire, le port est inutilisable. les Américains déplorent 1200 tués et 6000 blessés. Les Allemands ont perdus 10.000 hommes, morts ou blessés et 38.000 sont faits prisonniers. Pour Brest, le réveil est difficile. La ville est détruite à 75%, le centre est anéanti, plus de 600 civils ont trouvé la mort durant le siège.
Brest outragée! Brest brisée! Brest martyrisée mais Brest libérée! La célèbre réplique du général De Gaulle illustre bien le calvaire brestois. La cité du Ponant a en effet connu au cours de la seconde guerre mondiale un destin funeste. Ravagée, désertée, la ville porte les traces de quatre années de guerre dévastatrice.

Aujourd’hui, les polémiques persistent encore par rapport au déroulement des opérations. Le recours aux F.I.I et aux F.T.P aurait-il pu éviter le tragique siège? L ‘Histoire ne peut être refaite. Il était peut être écrit que Brest qui n’avait vécu que de la guerre, périt un jour sous les bombes. Triste ironie.
Néanmoins, la vie reprend son cours. Les habitants réfugiés rentrent rebâtir sur les décombres du vieux Brest une ville nouvelle (1946-1961). Une reconstruction qui s’avère périlleuse puisqu’il faut d’abord se débarrasser des nombreuses bombes encore présentes sur le sol brestois. D’ailleurs, il est toujours fréquent de nos jours de redécouvrir ces vestiges, symboles d’un passé douloureux.

Le 7 septembre 1960, le général De Gaulle en personne remet la médaille de la Résistance à la ville. Ainsi, tel un phénix, Brest a su renaitre de ses cendres. La ville est redevenue à l’heure actuelle un pôle maritime incontournable dans le paysage français.